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Les grenades lacrymogènes tuent et mutilent aussi

mardi 12 novembre 2019

Les grenades de gaz lacrymogènes, ces armes supposément non-léthales, bien qu’elles aient déjà fait des morts, sont massivement utilisées par Israël, et ont brisé le destin de nombreux jeunes Gazaouis depuis le début des Grandes Marches du Retour.

Atia Darwish est un photographe gazaoui qui commençait à être connu. Ainsi, au Liban, ses photos montrant des instants de bonheur, comme celle d’un enfant palestinien mangeant de la pastèque face à la mer, ont récemment été exposées.

Mais ce que peu de gens savent, c’est que l’auteur de ces belles photos n’est aujourd’hui plus en capacité de travailler. Sa vue a été endommagée suite à des blessures infligées par l’occupant. Atia Darwish a été touché par un tir de gaz lacrymogène sous l’œil gauche alors qu’il couvrait, en tant que photojournaliste, la Grande marche du retour du 18 décembre dernier, dans l’est de la bande de Gaza.

Amjad Ayman Yaghi raconte son histoire pour the Electronic Intifada.

Après l’avoir examiné, des spécialistes égyptiens ont diagnostiqué une fibrose de la rétine, contre quoi il n’y a rien à faire. La seule chirurgie possible pour aider Atia est d’ordre esthétique.
"Je me sens abandonné", confie-t-il. "Le monde n’a pas l’air de considérer que les grenades lacrymogènes qu’Israël fait pleuvoir sur nous sont dangereuses. Pourtant elles tuent notre jeunesse et ses rêves".

Atia Darwish ne peut plus voir au-delà de quinze centimètres avec son œil gauche. Son ouïe a elle aussi été endommagée. En plus de ces blessures physiques, il doit s’habituer au choc que constitue son nouveau visage après la blessure. "En regardant de vieilles photos Facebook, je désespère parfois en me disant que je ne serai plus jamais le même".


Il espère cependant recommencer à travailler, en se fiant à son œil droit.

Son cas est loin d’être exceptionnel. Bien que décrits comme non-léthaux, les gaz lacrymogènes ont déjà tué de nombreux Palestiniens. Ils sont au nombre de sept, dont quatre enfants, à avoir été tués de la sorte depuis le début des Grandes Marches du Retour, le 30 mars 2018.

Souvent ignorés des médias occidentaux, les manifestants palestiniens sont mutilés chaque semaine par l’armée israélienne lors des marches pacifiques. Par des balles réelles et même explosives, mais aussi par des tirs de grenades lacrymogènes.
D’après l’ONG Al Mezan, le 25 octobre dernier, treize manifestants ont été blessés par un tir de grenade de gaz lacrymogènes.


Ahmad Ammar, un jeune homme de 23 ans, a été touché au visage en septembre, alors qu’il buvait un jus de fruit à distance de la barrière "frontalière" . Sa bouche et sa joue droite ont été sévèrement brûlées par le projectile.
Vendeur de fruits dans un marché de Gaza, il n’a pas pu retourner au travail depuis. Sa blessure le défigure et il cherche désespérément un moyen d’accéder à la chirurgie réparatrice dont il aurait besoin et qui n’est plus disponible à Gaza actuellement.
"Chaque jour quand je me réveille et que je me vois dans un miroir, je me sens mal. Avec ses grenades de gaz lacrymogènes Israël tue nos rêves et nos espoirs", confie Ahmad.

Mohammad Fseifes a lui aussi perdu son travail après avoir été percuté par une bonbonne de gaz en mai dernier. Le projectile lui avait causé une facture du crâne entraînant six jours de coma. Depuis il souffre notamment de troubles du sommeil et de sévères maux de tête qui ne lui ont pas permis de retourner sur le chantier de construction où il était employé, ni même de jouer au foot.
"Je suis triste quand je me regarde. Les médecins disent qu’il faudrait que je me fasse opérer au niveau du crâne. Mais ça ne peut pas être fait ici, faute de ressources..." déplore Mohammad.

(Traduit par Sarah V. pour CAPJPO-EuroPalestine)

Source :
https://electronicintifada.net/

CAPJPO-EuroPalestine

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